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Après avoir passé toute sa vie à construire les golfs des autres, depuis dix ans cet architecte a consacré sa retraite à façonner son propre terrain de jeux. Sur cinquante hectares de terre sablonneuse, un superbe 18 trous a émergé au fil des années. Christian Dunoyer de Segonzac est fier de son oeuvre paysagère.
Il est fier aussi de la réussite de l'affaire, autofinancée grâce aux cotisations des 250 pratiquants réguliers. Mais ce dont il est le plus fier ne se voit pas : « Je me suis battu toute ma vie contre le snobisme et l'élitisme qui nuisent tant au développement du golf. Chez moi, les cotisations restent raisonnables, et l'on croise des gens issus de milieux sociaux très différents. Je n'ai jamais touché un sou personnellement, tous les bénéfices ont été directement réinvestis dans l'amélioration des structures ».
Cet esprit de « golf public sans but lucratif », Christian Dunoyer de Segonzac craint par dessus tout qu'il disparaisse avec lui. Or à 75 ans, il se retrouve sans successeur. Et la concurrence fait rage entre les trois golfs de la région brestoise : Plouarzel, Lanrivoaré et Lann-Rohou. Entre Plouarzel et Lanrivoaré, apparemment les relations ne sont pas au beau fixe. Quant à Lann-Rohou, il est détenu par un puissant groupe britannique, propriétaire de très nombreux sites sur la façade atlantique.
« Nous assistons ces temps-ci à un vaste mouvement de concentration, assure Christian Dunoyer de Segonzac. Les petits golfs marginaux comme le mien sont menacés d'être avalés ».
Face à cette menace, l'édifice de Plouarzel se consolide. Le parcours va bénéficier de nouvelles améliorations, et l'école de golf va se développer. Mais Christian Dunoyer de Segonzac n'aura pas le sentiment d'avoir préservé l'avenir, tant qu'il n'aura pas trouvé une solution de reprise dans les prochaines années.
Cette solution, selon lui, passe par la création d'une Fondation. Le propriétaire et son épouse se déclarent prêts à céder à cette Fondation, sans contrepartie aucune, le capital de 500.000 F, les locaux et les cinquante hectares de terrain. Seulement la création d'une telle structure nécessite l'engagement d'une collectivité publique, qui équivaut à une sorte de reconnaissance d'utilité sociale.
Christian Dunoyer de Segonzac a proposé cet accord à plusieurs collectivités locales. Sans succès. En dernier ressort, il a donc décidé de lancer un appel à qui voudra l'entendre. Ce week-end, il réunit tous ses adhérents pour fêter le dixième anniversaire du golf. Il leur exposera ce projet, ce qu'il appelle son « testament ».
Christian Dunoyer de Segonzac lance un appel : « Le golf des Abers doit être préservé des convoitises ».